«MERVEILLEUSE BALADE OU COMMENT SE RECONSTRUIRE DANS UN MONDE QUI SE/NOUS DETRUIT EN PERMANENCE»

Jardins des Beaux-Arts de Paris, 2021

Le titre du diplôme de Typhanie Vallée était à l’image de celui-ci, conjointement brutal dans sa frontalité, et raffiné jusqu’à l’étrange : Merveilleuse ballade ou comment se reconstruire dans un monde qui se détruit en permanence. La maîtresse des lieux, vêtue d’une combinaison intégrale en néoprène, tenant fermement une baguette magique en fer forgé, invitait ses hôtes à déambuler dans le jardin de l’école des Beaux-arts. Ce dernier avait été transformé pour l’occasion en une sorte de dystopie flottante plongée dans les abysses : des performeurs et performeuses transformées en sirènes alphaYZbeta, relevant plus du cauchemar que des sucreries de dessins animés, accueillaient le jury sans piper mot. Il fallait se balader, au son d’une mélodie tantôt issues d’une suite de Jean Rebel jouée par la sirène Alpha, tantôt l’électro/techno de Drexciya diffusée par des enceintes, pour découvrir les objets qui hantent l’univers de Typhanie Vallée. Certains d’entre eux pourraient bien être issus de contes de fées quelque peu triturés. Des habits de princesses, aux iridescences façon robe couleur du temps de Peau d’âne, côtoyaient des bijoux forgés hésitant entre le piège à loup et le diadème. Les plats en céramique d’un banquet passé s’étaient transformés en viscères grouillants, et d’autres pièces émaillées contaminaient l’entièreté du jardin par leurs métamorphoses embarrassantes : fleurs-vulves, serpents enlacés, champignons un rien scrofuleux…

Typhanie Vallée ne cherche pas à parodier les contes pour enfants, mais plutôt à les recréer dans un univers où la sorcellerie n’est pas synonyme d’effroi mais plutôt une promesse de possibles. De nouvelles communautés hybrides se recomposent, qui ne craignent ni la mélancolie, ni d’ailleurs l’ivresse de la joie pure.

Texte écrit par Camille Polhan, 2021.

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